Arnaque au carré : le piège qui frappe deux fois les victimes

L’arnaque au carré repose sur un mécanisme particulièrement cruel. Une personne déjà victime d’une escroquerie financière est recontactée par de faux professionnels qui promettent de récupérer son argent, avant de lui soutirer de nouvelles sommes.

L’arnaque au carré commence après une première perte

Le scénario débute souvent par une fausse plateforme d’investissement, parfois liée aux crypto-actifs, au trading ou à des placements présentés comme très rentables. La victime effectue un premier versement, puis est poussée à investir davantage à mesure que de faux gains apparaissent sur son espace personnel.

Le piège se referme lorsqu’elle souhaite retirer son argent. Les interlocuteurs réclament alors de nouveaux paiements sous différents prétextes : taxes, frais administratifs, vérification d’identité ou déblocage des fonds.

Dans un cas raconté par TF1 début septembre 2026, un homme avait commencé par investir environ 300 euros. Son compte affichait ensuite jusqu’à 1,2 million de dollars de gains fictifs. Lorsqu’il a voulu récupérer son argent, une prétendue conseillère lui a demandé 60 000 euros supplémentaires.

De faux avocats promettent ensuite de récupérer l’argent

La seconde phase donne son nom à l’arnaque au carré. Après la première escroquerie, la victime est contactée par une nouvelle personne qui prétend connaître son dossier.

L’interlocuteur peut se présenter comme avocat, enquêteur, expert en cybersécurité, policier ou représentant d’une autorité financière. Son discours est rassurant : l’argent perdu aurait été retrouvé et pourrait être récupéré à condition de payer des frais ou des honoraires.

Dans le témoignage recueilli par TF1, un faux avocat avait même envoyé des documents destinés à renforcer sa crédibilité. Il promettait de récupérer les fonds contre plusieurs dizaines de milliers d’euros. La victime a finalement subi un préjudice total de 145 000 euros après les deux escroqueries.

L’Autorité des marchés financiers décrit elle aussi ce mécanisme. Elle parle d’une « fraude au carré ou d’arnaque sur l’arnaque » lorsque des escrocs approchent une personne déjà dépouillée et prétendent agir au nom d’une autorité publique pour récupérer les sommes perdues.

Les victimes ne sont pas choisies au hasard

Le fonctionnement de ces réseaux repose en partie sur la circulation des données personnelles. Selon l’avocate Véronique Rondeau-Abouly, interrogée par TF1, les victimes peuvent être identifiées grâce à des fichiers revendus ou partagés entre différents groupes d’escrocs.

Cette organisation explique pourquoi le deuxième fraudeur dispose parfois d’informations très précises sur la première arnaque. Il connaît le montant perdu, le type d’investissement proposé ou même certains échanges précédents. Pour la victime, ces détails peuvent donner l’impression qu’elle parle réellement à un enquêteur ou à un spécialiste chargé de son dossier.

L’AMF avait déjà constaté l’ampleur du phénomène. Une étude publiée fin 2024 indiquait que deux tiers des victimes d’arnaques interrogées avaient été recontactées par quelqu’un leur proposant de récupérer leurs fonds. Parmi elles, 86 % avaient effectué un nouveau versement.

Comment reconnaître une tentative de récupération frauduleuse

Le premier signal d’alerte reste une promesse de récupération d’argent accompagnée d’une demande de paiement préalable. Une autorité publique ne contacte pas spontanément une victime pour lui garantir le retour de fonds contre le versement d’une taxe.

L’usurpation d’identité constitue également un point central du dispositif. L’AMF explique qu’un tiers des arnaques avec usurpation d’identité qui lui sont signalées utilisent frauduleusement son nom ou celui de ses collaborateurs.

Face à un appel inattendu, il faut donc vérifier soi-même l’identité de l’organisme concerné. L’AMF recommande notamment d’utiliser les registres officiels, les listes d’acteurs autorisés et les coordonnées trouvées indépendamment du message reçu. Elle conseille aussi d’éviter tout nouveau paiement lorsqu’un interlocuteur promet des rendements élevés ou une récupération garantie.

Le principal danger de l’arnaque au carré tient ainsi à son timing. Les escrocs interviennent au moment où la victime cherche précisément une solution après une première perte. Ils exploitent alors ses données, son sentiment d’urgence et l’espoir de récupérer son argent pour déclencher une seconde escroquerie.

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