Arnaques en ligne au Cambodge : Phnom Penh peut-il convaincre ?

Le Cambodge veut montrer qu’il tourne la page des arnaques en ligne, devenues un problème majeur de sécurité et de réputation. Mais la conférence internationale organisée les 23 et 24 septembre 2026 à Phnom Penh intervient alors que plusieurs enquêtes mettent encore en doute l’efficacité réelle de la répression menée par les autorités.

Le Cambodge promet d’éradiquer les centres d’arnaques

La conférence internationale sur la lutte contre les escroqueries en ligne, ICCOS 2026, a réuni à Phnom Penh des responsables gouvernementaux, policiers et financiers de plus d’une vingtaine de pays. Interpol, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime et plusieurs puissances, dont les États-Unis, la Chine et le Royaume-Uni, y ont participé.

Le Premier ministre Hun Manet a assuré que le Cambodge ne deviendrait « jamais un refuge pour les arnaques en ligne ». Il affirme que les autorités ont démantelé les grands centres d’escroquerie et veulent désormais empêcher les réseaux criminels de se réorganiser en structures plus petites.

La conférence s’est conclue par l’adoption de la Déclaration de Phnom Penh. Les participants ont notamment promis de renforcer le partage de renseignements, les enquêtes financières, la coopération judiciaire, le gel des avoirs et la protection des victimes de traite.

Des enquêtes contestent pourtant le bilan officiel

Le discours gouvernemental se heurte toutefois à des constatations beaucoup moins favorables. En juin 2026, Amnesty International estimait que plus de 70 % des complexes d’arnaques qu’elle avait identifiés semblaient avoir échappé à la campagne de répression lancée par Phnom Penh.

L’organisation avait recensé 86 sites au total. Seuls 24 auraient fait l’objet d’une intervention apparente des autorités, tandis que sept autres auraient connu des libérations ou des évasions massives. Amnesty affirme également avoir recueilli des témoignages faisant état de collusions entre certains policiers et les responsables de centres.

« Le manque total de transparence du gouvernement cambodgien […] met à mal la confiance », estimait alors Montse Ferrer, codirectrice régionale d’Amnesty International. L’ONG reconnaît l’existence d’arrestations et de fermetures, mais considère que leur portée reste difficile à mesurer indépendamment.

Traite humaine et travail forcé restent au cœur du système

Les centres d’arnaques ne sont pas de simples plateformes de cybercriminalité. De nombreux travailleurs y sont eux-mêmes victimes de traite. Ils sont recrutés avec de fausses offres d’emploi, déplacés à travers les frontières puis contraints de participer à des escroqueries financières ou sentimentales.

Dans son enquête de 2025, Amnesty International avait documenté au moins 53 complexes où elle avait relevé des cas de travail forcé, de privation de liberté, de torture et parfois de travail des enfants. Une nouvelle enquête publiée en 2026 a ajouté 33 sites et recueilli les témoignages de 73 survivants originaires de 16 pays.

La question dépasse également les groupes criminels de second rang. Les autorités américaines ont accusé en octobre 2025 Chen Zhi, fondateur de Prince Holding Group, d’avoir dirigé des centres utilisant du travail forcé pour organiser des fraudes aux cryptomonnaies. Le département américain de la Justice a parallèlement engagé une procédure portant sur environ 15 milliards de dollars en bitcoins. Chen Zhi conteste ces accusations devant la justice.

La pression internationale continue de monter

Washington a depuis renforcé ses sanctions. En juin 2026, le Trésor américain a ciblé neuf personnes et 26 entités supplémentaires liées, selon lui, au réseau Prince Group. Une opération précédente menée avec le Royaume-Uni avait déjà visé 146 personnes et entités en octobre 2025.

Londres a également profité de la conférence de Phnom Penh pour renforcer sa coopération avec le Cambodge contre les centres d’arnaques et la traite humaine. Un nouveau protocole d’accord doit faciliter les échanges entre les deux pays.

La conférence montre donc une volonté officielle de reprendre la main. Mais la crédibilité du Cambodge dépendra moins des déclarations adoptées à Phnom Penh que des résultats vérifiables sur le terrain : fermeture durable des centres, poursuites contre leurs responsables, enquêtes sur leurs soutiens et meilleure identification des victimes.

Tant que cet écart entre annonces officielles et enquêtes indépendantes persistera, les promesses cambodgiennes resteront soumises à un sérieux test de confiance.

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