Arnaques crypto : Un ingénieur de 66 ans piégé à hauteur de 73 000 euros

Alors que les cryptos attirent un nombre croissant d’épargnants en quête de rendement, les escroqueries en ligne prolifèrent à un rythme inquiétant. Derrière la promesse de gains rapides se cache parfois une mécanique bien huilée, capable de ruiner des particuliers en quelques semaines. Le témoignage de Jérôme*, ingénieur à la retraite, en offre une illustration frappante. En quelques mois, il a perdu l’intégralité de ses économies dans une fausse plateforme d’investissement crypto.

Bureau sobre, lumière tamisée. Un homme âgé (66 ans), costume casual, assis devant son ordinateur. Posture : légèrement penché en avant, air soucieux. Expression : mélange d’inquiétude et de doute. Écran : chiffres verts montrant "profits" qui contrastent avec une main spectrale aspirant les euros.

Alors que les cryptos attirent un nombre croissant d’épargnants en quête de rendement, les escroqueries en ligne prolifèrent à un rythme inquiétant. Derrière la promesse de gains rapides se cache parfois une mécanique bien huilée, capable de ruiner des particuliers en quelques semaines. Le témoignage de Jérôme*, ingénieur à la retraite, en offre une illustration frappante. En quelques mois, il a perdu l’intégralité de ses économies dans une fausse plateforme d’investissement crypto.

Une fraude soigneusement orchestrée

Tout commence en 2024 par une simple recherche sur Google. Jérôme, 66 ans, souhaite placer une indemnité professionnelle. Il tombe sur une plateforme d’investissement en crypto censée s’appuyer sur la société « Paysafe Payment Solution », officiellement basée à Londres. « Ils m’ont appelé très vite. Ils parlaient un français impeccable et semblaient professionnels », confie-t-il.

Rapidement, deux interlocuteurs — se présentant comme Francis Hurey et Pascal Foster — le guident dans la création d’un compte. Un premier test à 10 euros se transforme en 102 euros affichés, preuve supposée du sérieux de la plateforme. Séduit, l’ingénieur enchaîne les virements : 5 000 €, puis 15 000 €, 18 000 € et jusqu’à 20 000 €, pour un total de 73 000 euros investis.

Les soi-disant gains apparaissent sous forme de captures d’écran. Elles montrent des comptes liés à de grandes plateformes comme Binance ou Kraken, mais Jérôme n’a jamais accès aux fonds réels. Pressé par ses « conseillers » d’agir vite, il perd peu à peu le contrôle. Lorsqu’il exprime son souhait de récupérer son capital, le contact est brutalement coupé : « Dès que j’ai demandé un remboursement, le numéro ne répondait plus. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles. »

Un engrenage de manipulations multiples

Déterminé à retrouver ses fonds, Jérôme entreprend de nouvelles recherches sur Internet. Il tombe alors sur une entreprise baptisée Global Refund, spécialisée soi-disant dans la récupération de fonds volés. Une nouvelle fois, il est convaincu par un discours professionnel et des visuels rassurants. « Ils m’ont assuré avoir localisé une partie de l’argent », explique-t-il. Mais pour lancer la procédure, on lui demande de payer 10 % de la somme identifiée.

Au total, Jérôme versera 2 500 € supplémentaires. Il ne reverra jamais cet argent non plus. Ce scénario s’inscrit dans un phénomène bien connu des spécialistes : les arnaques au recouvrement, où les victimes sont une seconde fois piégées par de faux cabinets d’experts.

Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), seules 5 % des victimes d’arnaques aux crypto-actifs parviennent à récupérer tout ou partie de leur argent. Le montant moyen perdu s’élève à 42 000 euros. La liste noire de l’AMF, censée répertorier les sites frauduleux, comptait déjà plus de 3 000 entités en 2025, avec 270 nouvelles adresses ajoutées depuis le début de l’année.

Pour Sébastien Martin, PDG de RAID Square et président de la Ligue de Sécurité du Web3 (LSW3), « le volume des nouveaux entrants dans la crypto est dilué parmi les fausses plateformes. Ces dernières absorbent la liquidité des gens. » Difficile pour les victimes de distinguer les vrais professionnels des escrocs.

Derrière ces arnaques, on trouve souvent une poignée de groupes très organisés. Ils opèrent depuis l’étranger — Israël, Russie, Chypre ou Corée du Nord — en exploitant les failles réglementaires locales. Leur méthode : créer rapidement des entreprises, les fermer aussitôt repérées, puis en ouvrir de nouvelles sous d’autres noms. Le cas de « Paysafe Payment Solution », encore actif mais dont la date de création semble postérieure à l’arnaque de Jérôme, en est un exemple.

Éduquer, encadrer, agir vite

L’histoire de Jérôme est loin d’être un cas isolé. L’explosion du nombre d’utilisateurs de cryptos — passés de 50 millions en 2019 à plus de 700 millions en 2025 selon Crypto.com — a mécaniquement entraîné une hausse des arnaques crypto. Rien qu’aux États-Unis, les pertes liées aux cybercrimes ont atteint 16,6 milliards de dollars en 2024, dont 9,3 milliards rien que pour les crypto-actifs (source : SEC).

En France, les efforts des autorités restent insuffisants face à l’agilité des cybercriminels. Pour Sébastien Martin, il est urgent de reconnaître officiellement le métier d’enquêteur on-chain, afin d’aider l’État et les victimes à traquer les fonds sur la blockchain.

Mais la lutte passe aussi par la formation du public. D’après une enquête de l’OCDE, la France se classe 15e sur 29 en matière de culture financière, avec seulement 64 % des adultes disposant des bases nécessaires.

Alors que l’épargne des Français est de plus en plus convoitée, il devient stratégique d’investir dans l’éducation financière. Sans cela, les arnaques crypto continueront de faire des ravages silencieux, jusque dans les foyers les plus prudents.

*Le prénom de la victime a été modifié à sa demande.

Données : AMF, SEC, OCDE, Crypto.com, RAID Square, LSW3.

Auteur/autrice

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.