Une vaste fraude au CPF impliquant plusieurs sociétés de formation de la région nantaise aurait permis de détourner plus de 6 millions d’euros entre décembre 2021 et septembre 2026. L’homme présenté comme l’organisateur du système a été interpellé puis mis en examen à Rennes avant d’être placé sous contrôle judiciaire.
Une fraude au CPF de plus de 6 millions d’euros
L’enquête porte sur un trentenaire originaire de la région nantaise, soupçonné d’avoir piloté un réseau de sociétés de formation utilisant le Compte personnel de formation pour obtenir indûment des financements publics. Les faits présumés se seraient déroulés sur près de cinq ans, avec des ramifications à Nantes, mais aussi à Lunel-Viel, dans l’Hérault, ainsi qu’en Pologne et en Slovaquie.
Les centres de formation placés dans le collimateur des enquêteurs auraient reçu plus de 6 millions d’euros provenant du dispositif CPF. À ce stade, il s’agit toutefois de soupçons examinés dans le cadre d’une procédure judiciaire. La mise en examen du principal suspect ne constitue pas une déclaration de culpabilité.
Le dossier a été confié à la justice rennaise. Le suspect présenté comme le « chef d’orchestre » du montage a été arrêté, mis en examen puis laissé libre sous contrôle judiciaire, selon les informations publiées sur cette affaire.
Des fonds qui auraient transité vers Dubaï
L’enquête cherche également à retracer la destination des sommes versées aux organismes concernés. Une partie de l’argent aurait été transférée vers des comptes situés à Dubaï. D’autres fonds auraient servi à financer des dépenses liées à des personnes impliquées dans le trafic de stupéfiants.
Cette dimension financière élargit considérablement le dossier. Les enquêteurs ne s’intéressent donc pas uniquement aux conditions dans lesquelles des formations ont pu être financées par le CPF, mais également aux circuits utilisés ensuite pour déplacer ou dépenser l’argent.
Les investigations concernent plusieurs pays européens, ce qui laisse apparaître un montage dépassant le cadre d’un simple organisme de formation local. Les détails précis sur les sociétés impliquées, le nombre de bénéficiaires ou les mécanismes utilisés pour valider les dossiers restent toutefois à établir dans le cadre de l’instruction.
Le CPF reste une cible privilégiée des fraudeurs
Le Compte personnel de formation permet aux actifs d’accumuler des droits destinés au financement de formations professionnelles. Les fonds sont gérés par la Caisse des dépôts et consignations à travers la plateforme Mon Compte Formation.
Ce système attire depuis plusieurs années différents types de fraude. Les autorités recensent notamment des inscriptions réalisées sans consentement, des détournements d’identifiants, des formations inexistantes ou non conformes ainsi que des mécanismes permettant de récupérer artificiellement les droits disponibles.
Dans une autre affaire jugée à Nantes en février 2026, la justice administrative avait par exemple confirmé le déréférencement d’un organisme après la détection d’anomalies portant sur plusieurs centaines de comptes. Des adresses IP communes et l’utilisation massive de VPN avaient notamment nourri les soupçons d’usurpation de comptes.
Ces précédents ne signifient pas que le réseau actuellement visé utilisait exactement les mêmes méthodes. Ils montrent toutefois l’ampleur des contrôles engagés autour des organismes financés par le CPF.
Les autorités renforcent les contrôles contre les arnaques au CPF
Face à ces pratiques, la Caisse des dépôts peut suspendre des paiements, réclamer le remboursement de sommes déjà versées ou déréférencer un organisme lorsque des irrégularités graves sont détectées. La plateforme Mon Compte Formation permet également aux titulaires de signaler directement une fraude.
Le ministère de l’Économie rappelle que les fraudeurs peuvent contacter leurs victimes par téléphone, courriel, SMS ou réseaux sociaux afin d’obtenir leurs informations personnelles ou de les pousser à s’inscrire à une formation. Il recommande de ne jamais communiquer ses identifiants et de passer exclusivement par les services officiels.
L’affaire nantaise pourrait désormais permettre aux enquêteurs de mieux comprendre les circuits financiers utilisés pour détourner à grande échelle les fonds destinés à la formation professionnelle. L’instruction devra surtout déterminer précisément le rôle de chaque personne impliquée et confirmer le montant réel du préjudice.






