Bitcoin : le Royaume-Uni pourrait conserver 61 000 BTC saisis

Le Royaume-Uni pourrait conserver plus de 61 000 bitcoins (BTC), estimés à 5 milliards de dollars, après une décision judiciaire rendue le 12 octobre 2026. La Haute Cour de Londres a imposé l’application du droit chinois aux demandes des victimes d’une vaste escroquerie, compliquant leur récupération des cryptomonnaies saisies.

Pourquoi le Royaume-Uni pourrait-il garder les 61 000 BTC ?

La décision du juge Mark Turner constitue un tournant dans l’un des plus importants dossiers de saisie de Bitcoin au monde.

Les victimes réclamaient l’application du droit anglais pour faire reconnaître leur propriété sur les cryptomonnaies confisquées par les autorités britanniques. Elles estimaient ce cadre juridique plus favorable à leurs demandes.

Mais la Haute Cour a retenu une autre interprétation. Puisque l’escroquerie, les investissements et les achats de bitcoin ont eu lieu en Chine, les droits de propriété doivent être examinés selon la législation chinoise.

Cette distinction est déterminante. Pour récupérer les actifs, les investisseurs devront démontrer qu’ils possèdent juridiquement une part des BTC saisis.

Une simple créance correspondant aux sommes investies ne suffit pas nécessairement à établir ce droit.

Si les victimes échouent, le Trésor britannique pourrait récupérer une partie importante des actifs dans le cadre de la procédure de confiscation.

Toutefois, le jugement ne transfère pas automatiquement les bitcoins au gouvernement. Il fixe uniquement le droit applicable aux prochaines étapes judiciaires.

D’où viennent les bitcoins saisis au Royaume-Uni ?

L’affaire remonte à une fraude financière organisée en Chine entre 2014 et 2017 par Zhimin Qian, également connue sous le nom de Yadi Zhang.

Cette ressortissante chinoise dirigeait plusieurs systèmes d’investissement frauduleux, notamment par l’intermédiaire de la société Tianjin Lantian Gerui Electronic Technology.

Les opérations promettaient des rendements attractifs aux investisseurs. En réalité, elles reposaient sur des mécanismes assimilables à des systèmes de Ponzi.

Selon les éléments judiciaires, les montants collectés ont atteint environ 40,2 milliards de yuans, soit plus de 5 milliards de dollars au taux de conversion retenu dans certaines estimations.

Près de 130 000 investisseurs ont été concernés par cette fraude.

Une partie des fonds détournés a ensuite servi à acheter du bitcoin, notamment sur la plateforme Huobi, devenue HTX.

Après avoir quitté la Chine en 2017, Zhimin Qian s’est installée au Royaume-Uni. Lors de perquisitions effectuées en 2018, la police londonienne a découvert des équipements permettant d’accéder à une importante quantité de cryptomonnaies.

Les autorités ont finalement saisi plus de 61 000 BTC.

En novembre 2025, Zhimin Qian a été condamnée à 11 ans et huit mois de prison pour blanchiment d’argent.

Les victimes chinoises peuvent-elles récupérer leurs bitcoins ?

La bataille judiciaire est loin d’être terminée.

Environ 16 000 victimes chinoises participeraient aux procédures engagées au Royaume-Uni pour récupérer les avoirs saisis.

Le principal obstacle concerne désormais la démonstration de leurs droits sur les bitcoins.

Le droit anglais aurait pu permettre aux plaignants de défendre plus facilement certaines revendications de propriété. L’application du droit chinois impose un examen différent, dont les conséquences exactes restent à déterminer.

Les magistrats devront notamment établir si les investisseurs disposent de droits sur les cryptomonnaies elles-mêmes ou uniquement d’un droit au remboursement.

La différence est considérable.

Depuis les premières acquisitions réalisées avec les fonds frauduleux, le cours du bitcoin a fortement progressé. Les actifs confisqués pourraient donc valoir davantage que les sommes initialement perdues par les victimes.

Une restitution limitée aux investissements d’origine ne produirait pas les mêmes résultats qu’une reconnaissance de propriété sur les BTC.

Les avocats représentant certains plaignants envisagent de contester la décision du 12 octobre.

D’autres audiences devront examiner précisément les dispositions du droit chinois et leur application aux demandes individuelles.

Quel impact pour les réserves de Bitcoin britanniques ?

Cette affaire dépasse le seul cadre d’une escroquerie financière.

Avec environ 61 000 BTC sous contrôle des autorités, le Royaume-Uni figure parmi les États détenant les plus importantes quantités de bitcoin identifiées publiquement.

À une valorisation proche de 5 milliards de dollars, ces cryptomonnaies représentent un enjeu financier considérable.

Leur conservation définitive pourrait renforcer les ressources publiques britanniques. Mais rien ne permet encore d’affirmer que Londres déciderait de garder les BTC plutôt que de les vendre.

Il faut également distinguer les cryptomonnaies détenues dans le cadre d’une procédure pénale ou civile des réserves stratégiques acquises volontairement par un État.

Le Royaume-Uni n’a pas annoncé la transformation de ces avoirs en réserve nationale de Bitcoin.

L’issue dépendra donc des prochaines décisions judiciaires et des éventuels recours.

Cette affaire pourrait aussi contribuer à préciser les règles internationales de récupération des actifs numériques issus de fraudes transfrontalières. Pour les victimes comme pour le gouvernement britannique, plusieurs milliards de dollars restent en jeu.

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