Fraude à l’IA : 129 millions $ volés grâce à de faux patrons

Une voix familière, un appel vidéo crédible et un faux avocat peuvent désormais suffire à détourner des millions de dollars. Le 5 novembre 2026, la justice américaine a annoncé l’inculpation de trois hommes, dont deux Israéliens, accusés d’avoir utilisé l’intelligence artificielle pour voler plus de 129 millions de dollars à des entreprises. L’affaire révèle comment les fraudeurs peuvent contourner les procédures financières sans pirater directement les systèmes informatiques.

Une fraude à 129 millions de dollars orchestrée avec de fausses voix

Les trois suspects sont Jacob Soall, 41 ans, Sharon Hazan, 54 ans, et Guy Sheetrit, 42 ans. Les deux derniers sont israéliens. Tous sont poursuivis aux États-Unis pour fraude électronique, usurpation d’identité aggravée et blanchiment d’argent.

Selon le ministère américain de la Justice, les faits présumés se sont déroulés entre 2024 et 2026. Les suspects auraient ciblé des milliers d’entreprises à travers le monde en utilisant l’intelligence artificielle pour imiter leurs dirigeants.

Le procédé reposait sur une manipulation progressive. Un salarié recevait d’abord un message présenté comme provenant du directeur général de son entreprise. Ce dernier lui demandait de participer à une opération financière confidentielle.

Pour renforcer la crédibilité de la demande, les fraudeurs auraient ensuite organisé des appels téléphoniques ou vidéo en reproduisant la voix, parfois même l’apparence, du dirigeant.

La victime était alors orientée vers un prétendu avocat travaillant pour un grand cabinet international. Cet interlocuteur, également usurpé, donnait les instructions nécessaires pour effectuer un virement.

Les enquêteurs ont notamment identifié plusieurs transferts attribués à cette opération :

  • 11,58 millions de dollars détournés auprès d’une entreprise britannique de technologie financière.
  • 4,83 millions provenant d’un groupe hospitalier du Missouri.
  • 2,97 millions appartenant à un établissement hospitalier californien.
  • 2,68 millions soutirés à une banque du Rhode Island.
  • 5,24 millions obtenus auprès d’une entreprise américaine d’alimentation animale.

Ces montants illustrent l’ampleur des pertes présumées. Ils ne constituent toutefois qu’une partie des 129 millions de dollars évoqués dans le dossier.

Le suspect qui se présentait comme le « numéro un mondial du blanchiment »

Un autre volet de l’enquête concerne la circulation de l’argent après les virements.

D’après les procureurs américains, les fonds transitaient par des comptes bancaires répartis dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, en Espagne, au Portugal, en Grèce, aux Émirats arabes unis, à Singapour et en Chine.

Les suspects auraient ensuite converti une partie de l’argent en cryptomonnaies pour tenter de dissimuler son origine et les bénéficiaires réels.

Sharon Hazan aurait joué un rôle important dans ces opérations. Selon l’accusation, il se vantait de blanchir de l’argent depuis 1994 et affirmait avoir traité plus de 400 millions de dollars en trois ans.

Il se présentait même comme le « numéro un mondial » parmi les professionnels du blanchiment. Cette affirmation rapportée par les enquêteurs n’est pas une qualification établie par la justice.

Hazan avait déjà été condamné aux États-Unis en 2008 dans une affaire d’entente en vue de commettre une fraude bancaire.

Les trois hommes ont été arrêtés séparément : Jacob Soall en Espagne le 17 juin 2026, Sharon Hazan dans le même pays le 5 août et Guy Sheetrit au Royaume-Uni le 7 septembre.

Leur extradition vers les États-Unis reste demandée. Ils bénéficient de la présomption d’innocence et aucune condamnation n’a encore été prononcée dans cette affaire.

Comment éviter une arnaque au faux patron utilisant l’IA ?

Cette affaire montre qu’une voix reconnaissable ou une conversation vidéo ne constitue plus une preuve suffisante de l’identité d’un interlocuteur.

La méthode rappelle la fraude de 95 millions d’euros subie par Fideuram, dans laquelle des criminels auraient également exploité une voix reproduite par intelligence artificielle.

Pour les entreprises, plusieurs précautions deviennent essentielles :

  • Vérifier toute demande inhabituelle de virement auprès du dirigeant par un numéro déjà connu.
  • Soumettre les paiements importants à une double validation indépendante.
  • Se méfier des opérations présentées comme strictement confidentielles et urgentes.
  • Contrôler séparément l’identité des avocats et des bénéficiaires bancaires.
  • Suspendre immédiatement tout transfert lorsque les coordonnées du destinataire changent sans justification vérifiable.

Le risque concerne aussi les particuliers. Comme l’explique notre dossier sur les nouvelles arnaques utilisant l’IA, les fraudeurs peuvent reproduire la voix d’un proche ou d’un conseiller bancaire pour obtenir de l’argent.

En cas de virement suspect, la première démarche consiste à contacter immédiatement sa banque pour demander un rappel des fonds et signaler la fraude. Il faut ensuite conserver les messages, les coordonnées utilisées et les justificatifs de paiement.

Les personnes disposant d’informations sur cette affaire peuvent transmettre un signalement directement au FBI.

L’enquête américaine se poursuit désormais autour des procédures d’extradition. Pour les entreprises, cette affaire impose une nouvelle vigilance : une demande financière doit être vérifiée indépendamment, même lorsque la voix et le visage du dirigeant semblent authentiques.

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