Arnaque au fourrage : les éleveurs ciblés pendant la sécheresse

Une arnaque au fourrage se développe en France alors que la sécheresse réduit fortement les ressources disponibles pour nourrir les troupeaux. La Chambre d’agriculture du Rhône alerte sur de faux vendeurs qui usurpent l’identité d’éleveurs et réclament des acomptes pour des marchandises qui ne seront jamais livrées.

L’arnaque au fourrage profite des difficultés des éleveurs

Le mécanisme repose sur une situation devenue particulièrement tendue dans les exploitations. Après plusieurs mois de chaleur et de sécheresse, de nombreux éleveurs cherchent du foin ou d’autres fourrages pour compléter leurs stocks avant l’hiver.

Des escrocs profitent de cette demande. Selon l’alerte relayée par la Chambre d’agriculture du Rhône, ils proposent du fourrage sur Internet ou les réseaux sociaux en se faisant parfois passer pour de véritables exploitants. Ils peuvent usurper un nom, une identité ou un numéro de téléphone. Plusieurs cas ont déjà été signalés en France, notamment dans le Rhône.

Les échanges se déroulent généralement à distance, par messagerie électronique ou sur des plateformes comme Messenger. Le faux vendeur demande ensuite un acompte avant la livraison. Une fois le paiement réalisé, le fourrage promis n’existe pas ou n’arrive jamais.

Sécheresse : le manque d’herbe accentue la vulnérabilité

Cette fraude apparaît alors que la campagne fourragère 2026 est particulièrement difficile. Selon Agreste, le service statistique du ministère de l’Agriculture, la pousse cumulée des prairies permanentes était, au 10 septembre, inférieure de 39 % à la moyenne observée à la même date entre 1989 et 2018.

La situation s’est nettement dégradée pendant l’été. Fin juillet, le déficit atteignait encore 30 %. Agreste expliquait alors que la croissance des prairies était presque interrompue depuis la fin mai en raison de conditions exceptionnellement chaudes et sèches.

Pour certaines exploitations, les conséquences dépassent déjà la simple baisse des stocks. Des éleveurs ont réduit leurs troupeaux ou envoyé plus tôt des animaux à l’abattoir afin de limiter leurs besoins alimentaires. Les statistiques nationales montrent notamment une hausse de 11,3 % sur un an des abattages d’ovins adultes en août, évolution qu’Agreste relie en partie aux craintes de manquer d’herbe et au prix élevé du fourrage.

Plusieurs signaux doivent alerter avant un paiement

La Chambre d’agriculture recommande donc de vérifier systématiquement l’identité du vendeur avant de verser de l’argent. Plusieurs comportements peuvent signaler une tentative d’escroquerie.

Un prix nettement inférieur au marché doit notamment susciter la méfiance, surtout lorsque l’offre n’est disponible que pendant une durée très courte. Il faut également être prudent lorsqu’un vendeur exige un acompte particulièrement important, utilise un moyen de paiement inhabituel ou fournit des coordonnées incomplètes.

Des communications limitées à Messenger ou au courrier électronique constituent un autre signal d’alerte. Avant toute transaction, les éleveurs peuvent vérifier l’existence de l’exploitation, rappeler le vendeur grâce à des coordonnées obtenues indépendamment de l’annonce et s’assurer que le compte bancaire correspond bien à l’interlocuteur identifié.

Une pression économique qui pourrait durer jusqu’en 2027

La sécheresse rend ces escroqueries d’autant plus dangereuses que les exploitations disposent parfois de peu de solutions alternatives. Dans certaines régions, les réserves constituées pour l’hiver ont déjà été utilisées pendant l’été pour compenser le manque d’herbe.

Le gouvernement a d’ailleurs mis en place en septembre un fonds destiné aux exploitants les plus fragilisés par les épisodes de canicule et de sécheresse du printemps et de l’été 2026.

La situation dépend désormais en grande partie des précipitations et de la capacité des prairies à se reconstituer. Dans le Roannais, des éleveurs craignent déjà que des récoltes insuffisantes au printemps 2027 prolongent les difficultés.

La pénurie de fourrage crée ainsi un terrain particulièrement favorable aux fraudeurs. Face à l’urgence de nourrir les troupeaux, la principale protection reste de vérifier le vendeur avant tout acompte, même lorsque l’offre paraît répondre immédiatement aux besoins de l’exploitation.

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