Bitcoin, trading, actions à prix cassés ou placements prétendument garantis : les fausses offres d’investissement prolifèrent sur Internet et les réseaux sociaux. Les escrocs construisent désormais des sites professionnels, usurpent l’identité de sociétés reconnues et utilisent de faux conseillers pour convaincre leurs victimes. Les cryptomonnaies occupent une place importante dans ces scénarios en raison de leur popularité et de la difficulté à récupérer des fonds après leur transfert.
Le phénomène progresse fortement en France. En 2025, Cybermalveillance.gouv.fr a constaté une hausse de 277 % des demandes d’assistance liées aux faux placements financiers chez les particuliers.
Les faux placements financiers explosent sur Internet
Les escroqueries à l’investissement ne concernent plus seulement quelques faux sites de trading difficiles à repérer. Elles s’appuient désormais sur des dispositifs beaucoup plus sophistiqués.
Les fraudeurs diffusent leurs offres sur Facebook, Instagram, les moteurs de recherche, les messageries ou d’autres espaces numériques. Une publicité promet par exemple un rendement exceptionnel grâce au bitcoin, à une nouvelle technologie ou à une méthode de trading automatisée.
L’internaute clique puis renseigne ses coordonnées. Un prétendu conseiller le contacte ensuite pour lui présenter une opportunité exclusive.
Cybermalveillance.gouv.fr indique que ces arnaques peuvent concerner les cryptomonnaies, les actions, le Forex, les livrets d’épargne ou encore l’immobilier. Les escrocs utilisent souvent des sites et applications dont l’apparence professionnelle rassure leurs victimes.
La menace prend une ampleur considérable. En 2025, plus de 1 300 sites ou acteurs non autorisés ont été ajoutés aux listes noires de l’AMF et de l’ACPR.
Les cryptomonnaies constituent un appât particulièrement efficace
Bitcoin et les autres crypto-actifs offrent un terrain favorable aux fausses promesses d’investissement.
Les variations importantes des cours rendent crédibles, pour un investisseur inexpérimenté, des perspectives de gains rapides. Les escrocs peuvent ainsi promettre des rendements très élevés en prétendant exploiter la volatilité du marché.
L’AMF rappelle pourtant qu’aucune société sérieuse ne peut garantir un rendement minimum sur un investissement en crypto-actifs.
Les fraudeurs jouent également sur la complexité de cet univers. Ils utilisent des termes comme blockchain, intelligence artificielle, robot de trading ou staking pour donner une apparence technique et moderne à leur offre.
Le nombre d’acteurs frauduleux reste élevé. Depuis le début de 2026, l’AMF avait déjà inscrit 38 nouveaux noms sur sa liste des sites non autorisés à proposer des crypto-actifs ou des services sur crypto-actifs au 8 juillet.
L’AMF et l’ACPR avaient parallèlement recensé 26 nouveaux sites non autorisés proposant des produits dérivés sur crypto-actifs depuis le début de l’année.
L’arnaque commence souvent par un petit investissement
Les fraudeurs cherchent rarement à obtenir immédiatement plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Ils proposent généralement à leur victime de commencer avec une somme relativement faible. Cybermalveillance.gouv.fr évoque notamment des premiers versements de 200 ou 250 euros.
Une interface affiche ensuite les prétendues performances du placement. Le capital semble augmenter rapidement. Le faux conseiller peut même autoriser un premier retrait afin de rassurer l’investisseur.
La victime pense alors avoir trouvé un placement réellement rentable et accepte d’engager davantage d’argent.
Le conseiller devient progressivement plus insistant. Il évoque une opportunité exceptionnelle, un bonus réservé aux meilleurs clients ou une hausse imminente du bitcoin. Certains escrocs poussent leurs victimes à mobiliser leur épargne ou à effectuer plusieurs virements successifs.
Les gains affichés sur le compte n’existent pourtant pas nécessairement. Il peut s’agir de simples chiffres inscrits sur une interface contrôlée par les fraudeurs.
Le piège apparaît lorsque la victime veut retirer son argent
La véritable nature du placement apparaît généralement au moment du retrait.
Le faux conseiller explique alors qu’une taxe doit être payée avant de libérer les fonds. Il peut aussi réclamer des frais de dossier, une commission, une assurance ou un nouveau versement destiné à débloquer le compte.
Chaque paiement entraîne une nouvelle demande.
Lorsque la victime refuse de verser davantage ou comprend la fraude, les interlocuteurs deviennent injoignables. Le site peut également disparaître.
L’étude de l’AMF sur les arnaques à l’investissement montre que 46 % des personnes ayant souscrit une offre suspecte ont rencontré des difficultés pour récupérer leur argent. Pour 49 %, leur interlocuteur avait disparu après les versements.
Environ 3 % de la population française aurait déjà été victime d’une arnaque à l’investissement, selon cette enquête.
Certaines victimes perdent plusieurs centaines de milliers d’euros
Les montants dérobés peuvent devenir considérables lorsque les fraudeurs réussissent à instaurer une relation de confiance.
L’ACPR indique que 66 % des signalements qu’elle reçoit pour ce type de fraude concernent de faux placements. Certaines victimes perdent plusieurs centaines de milliers d’euros et les préjudices peuvent atteindre un million d’euros. Au premier semestre 2026, l’autorité a notamment recensé un dossier dans lequel la perte dépassait 700 000 euros.
Les escrocs adaptent leur stratégie au patrimoine de la victime. Une personne qui effectue facilement plusieurs versements peut être accompagnée pendant des semaines, voire davantage, par son faux conseiller.
Cette relation prolongée explique pourquoi certaines pertes deviennent aussi importantes.
Les fraudeurs peuvent même tenter une seconde arnaque après la disparition du premier investissement. Un prétendu avocat, organisme de récupération de fonds ou agent d’une autorité contacte alors la victime et lui promet de récupérer son argent contre de nouveaux frais.
Les escrocs usurpent l’identité de véritables sociétés
Un site frauduleux ne possède pas nécessairement un nom inconnu.
Les escrocs copient parfois l’identité d’un véritable professionnel autorisé. Ils reproduisent son logo, ses documents commerciaux et une partie de son site Internet. Ils peuvent également utiliser le nom réel de dirigeants ou de salariés.
La victime qui effectue une recherche rapide trouve alors une société existante et pense avoir confirmé la légitimité de son interlocuteur.
Cette méthode rend la vérification plus complexe.
Il ne suffit donc pas de vérifier qu’une entreprise portant ce nom existe. Les coordonnées utilisées doivent également correspondre à celles qui figurent dans les registres officiels.
Depuis le 1er juillet 2026, les professionnels qui souhaitent fournir des services sur crypto-actifs en France doivent disposer du statut de prestataire de services sur crypto-actifs, ou PSCA. Les acteurs qui possédaient uniquement l’ancien statut français de PSAN ne peuvent plus continuer à fournir ces services aux investisseurs.
Comment reconnaître un faux investissement en cryptomonnaies ?
La promesse d’un rendement élevé et garanti constitue l’un des principaux signaux d’alerte.
Il faut également se méfier d’un conseiller qui insiste pour obtenir rapidement un premier versement ou qui affirme qu’une opportunité disparaîtra dans quelques heures.
Un interlocuteur qui contacte spontanément un particulier sur WhatsApp ou les réseaux sociaux pour lui proposer un placement doit susciter la même prudence. Cybermalveillance.gouv.fr observe notamment l’utilisation de groupes WhatsApp présentés comme des communautés d’investisseurs.
Les investisseurs doivent aussi vérifier l’autorisation du professionnel avant tout versement. Les listes noires de l’AMF constituent un outil utile, mais leur absence ne garantit pas qu’un site soit fiable. Une nouvelle fraude peut ne pas encore avoir été identifiée.
Enfin, un placement dans les crypto-actifs comporte naturellement des risques. Une personne qui promet simultanément une rentabilité importante, régulière et sans risque tient donc un discours particulièrement suspect.
Que faire après avoir envoyé de l’argent ?
Une victime doit réagir rapidement et interrompre tout nouveau versement.
Il faut conserver les preuves disponibles : adresses des sites, captures d’écran, courriels, conversations WhatsApp, numéros de téléphone, coordonnées bancaires, adresses de wallets et justificatifs des transactions.
La banque ou le prestataire utilisé pour transférer les fonds doit être contacté rapidement afin de vérifier si une opération peut encore être interrompue ou signalée.
Une plainte peut ensuite être déposée en fournissant le maximum d’éléments permettant d’identifier les bénéficiaires et les circuits financiers.
Il faut surtout refuser toute nouvelle proposition de récupération payante reçue spontanément. Les coordonnées des victimes peuvent circuler entre fraudeurs, ce qui les expose à de nouvelles tentatives d’escroquerie.
Face aux cryptos, le rendement garanti doit immédiatement alerter
Les faux investissements exploitent une mécanique particulièrement efficace : transformer l’espoir de gagner rapidement de l’argent en confiance envers un interlocuteur qui paraît compétent.
Les cryptomonnaies renforcent encore cette mécanique. Leur potentiel de rendement, leur complexité technique et leur forte présence médiatique permettent aux escrocs de construire des scénarios crédibles.
La multiplication des faux sites montre l’ampleur du phénomène. Plus de 1 300 acteurs ou sites non autorisés ont rejoint les listes noires de l’AMF et de l’ACPR en 2025, tandis que les demandes d’assistance pour faux placements ont fortement progressé.
Avant d’envoyer le moindre euro, trois vérifications restent donc essentielles : identifier précisément l’entreprise, contrôler son autorisation et se méfier de toute promesse de rendement garanti. Dans l’investissement comme dans les cryptomonnaies, un gain exceptionnel présenté comme certain constitue souvent le premier indice d’une arnaque.






