Un simple SMS présenté comme une alerte bancaire a suffi pour détourner 17 776,75 euros des comptes du prince Laurent de Belgique et de son épouse Claire. Le 26 octobre 2026, la justice belge a condamné quatre personnes impliquées dans cette escroquerie. Mais le jugement révèle surtout un danger souvent méconnu : les fraudeurs peuvent utiliser des comptes bancaires appartenant à des tiers pour faire disparaître l’argent.
Un faux SMS Card Stop exploite une véritable inquiétude
Tout commence le 23 décembre 2021. La princesse Claire reçoit un SMS semblant provenir de Card Stop, le service belge permettant de bloquer une carte bancaire perdue ou volée.
Le message demande une vérification d’identité. Or, la princesse a effectivement égaré sa carte quelques jours auparavant. Cette coïncidence donne une apparence crédible à l’alerte.
Elle suit alors le lien indiqué et accède à une imitation du site officiel. Elle y communique des données bancaires, notamment des informations liées à sa carte et à son lecteur de carte.
Les escrocs disposent ainsi des renseignements nécessaires pour effectuer des opérations frauduleuses.
Entre le 1er et le 4 janvier 2022, plusieurs sommes sont transférées depuis son compte personnel et trois autres comptes sur lesquels elle possède une procuration.
Le préjudice atteint exactement 17 776,75 euros, selon le jugement publié par le tribunal de Louvain.
Cette technique, appelée smishing, consiste à utiliser un SMS frauduleux pour récupérer les informations confidentielles d’une victime.
Elle rappelle d’autres méthodes d’usurpation d’identité bancaire, notamment les faux SMS de la Banque de France destinés à provoquer une réaction urgente.
Quatre intermédiaires condamnés, mais les auteurs du SMS restent inconnus
L’enquête menée par les autorités belges a permis de suivre une partie des mouvements d’argent.
Les fonds détournés ont transité par plusieurs comptes bancaires avant d’être retirés en espèces ou utilisés pour des achats. Certaines dépenses ont notamment été effectuées en Espagne.
Le tribunal a établi que quatre prévenus avaient mis leurs comptes ou leurs cartes bancaires à disposition contre rémunération.
Ces intermédiaires, appelés mules financières, permettent aux réseaux d’escroquerie de déplacer les sommes volées en compliquant leur traçabilité.
Le jugement du 26 octobre prévoit plusieurs sanctions :
- Deux peines de douze mois de prison avec sursis.
- Une peine de six mois de prison avec sursis.
- Une suspension du prononcé de la condamnation pendant trois ans.
- Une confiscation totale de 10 765,75 euros.
Une cinquième personne a été acquittée, faute de preuves établissant sa participation aux faits. Hoven & Rechtbanken+1
L’affaire met en évidence une limite importante des enquêtes sur les escroqueries numériques : retrouver les comptes qui reçoivent l’argent ne permet pas nécessairement d’identifier les organisateurs de la fraude.
L’identité des personnes ayant conçu et envoyé le faux SMS n’a pas été établie publiquement.
Comment reconnaître un faux SMS Card Stop ?
L’arnaque visant le couple princier montre qu’un message frauduleux peut sembler cohérent avec une situation réelle. La perte récente d’une carte, une transaction inhabituelle ou une alerte de sécurité peuvent rendre la tromperie particulièrement convaincante.
Plusieurs signes doivent néanmoins attirer l’attention :
- Un SMS demande de vérifier votre identité en suivant un lien.
- Une prétendue urgence bancaire impose une intervention immédiate.
- Le site sollicite des codes personnels ou des données de connexion.
- L’adresse du site ne correspond pas au domaine officiel de l’organisme.
- Le message demande de valider une opération que vous n’avez pas initiée.
Le nom affiché comme expéditeur ne garantit pas non plus l’authenticité du message.
La prudence doit être identique lorsqu’un interlocuteur prétend contacter le client pour sécuriser son compte. Les fraudeurs utilisent également le spoofing bancaire pour usurper un numéro officiel.
Pour vérifier une alerte, il faut contacter directement sa banque ou Card Stop, sans utiliser les coordonnées transmises dans le message suspect.
Victime d’un faux SMS bancaire : les démarches urgentes
Si vous avez communiqué vos informations bancaires sur un site frauduleux, la rapidité de réaction est essentielle.
En Belgique, le service officiel Safeonweb détaille les démarches à suivre après une escroquerie.
Vous devez notamment contacter immédiatement votre banque, faire bloquer les moyens de paiement concernés et conserver les preuves de la fraude.
Card Stop est joignable au 078 170 170 pour demander le blocage d’une carte bancaire.
Le SMS frauduleux peut également être signalé à suspect@safeonweb.be. En cas de perte financière, un dépôt de plainte auprès de la police est recommandé.
La question du remboursement dépend notamment du caractère autorisé ou non des opérations et des circonstances du dossier. Un client victime d’hameçonnage ne perd pas automatiquement ses droits parce qu’il a communiqué des données à un escroc.
Notre guide sur le remboursement après un phishing bancaire explique les obligations des établissements financiers et les recours disponibles.
L’affaire du prince Laurent et de la princesse Claire avait déjà fait l’objet d’un premier compte rendu sur EXIT ARNAQUES. Elle illustre désormais un enseignement plus large : un SMS apparemment légitime peut déclencher une fraude bancaire dont les conséquences dépassent largement le simple vol d’identifiants.






