Substitution d’IBAN, faux virement “de sécurité” : comment fonctionnent les nouvelles fraudes par manipulation ?

Les fraudeurs ne cherchent plus seulement à voler une carte bancaire ou un mot de passe. Ils poussent désormais leurs victimes à effectuer elles-mêmes le paiement, une stratégie de manipulation qui a représenté 516 millions d’euros de fraude en France en 2025.

La fraude par manipulation dépasse le simple hameçonnage

Le dernier rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, publié le 9 septembre 2026 par la Banque de France, montre l’ampleur du phénomène. Les fraudes par manipulation représentent désormais un peu plus de 40 % du montant total de la fraude aux moyens de paiement, une proportion qui a doublé en quatre ans.

La particularité de ces escroqueries tient au rôle joué par la victime. Plutôt que de contourner directement les protections techniques de la banque, le fraudeur fabrique une situation crédible et urgente afin d’obtenir un virement volontairement validé.

Faux conseiller bancaire, faux dirigeant d’entreprise, changement frauduleux de coordonnées bancaires : les scénarios varient, mais le principe reste le même. Cybermalveillance.gouv.fr définit ainsi le faux ordre de virement comme une fraude reposant sur la persuasion, la pression ou parfois la menace afin de provoquer un paiement qui n’était pas prévu.

Substitution d’IBAN : détourner un paiement attendu

La fraude au faux RIB est particulièrement difficile à détecter lorsqu’elle intervient dans une relation commerciale existante. Les escrocs peuvent compromettre la messagerie d’une entreprise, d’un artisan, d’un notaire, d’un bailleur ou de son client, puis attendre qu’une transaction soit imminente.

Ils remplacent alors l’IBAN légitime sur une facture ou annoncent un prétendu changement de coordonnées bancaires. La victime croit payer son véritable créancier, mais l’argent arrive sur un compte contrôlé par le réseau frauduleux.

Un changement de RIB reçu par courriel doit donc toujours être confirmé par un autre canal, idéalement en appelant le bénéficiaire au numéro déjà connu. Cette précaution évite de se fier aux coordonnées présentes dans un message potentiellement compromis.

Le faux « compte sécurisé » transforme la victime en exécutante

Une autre technique consiste à provoquer la panique. Un escroc se présente comme un conseiller bancaire ou un membre du service antifraude et affirme que le compte de la victime est menacé.

Il peut connaître son nom, sa banque et parfois son IBAN grâce à des données récupérées lors de fuites. Ces informations renforcent la crédibilité du scénario. La Banque de France a d’ailleurs alerté en juillet sur les risques liés à la multiplication des vols de données personnelles.

Le faux conseiller demande ensuite de transférer l’épargne vers un prétendu « compte de secours » ou « compte sécurisé ». Cybermalveillance.gouv.fr indique avoir observé des escrocs convaincre leurs victimes de créer elles-mêmes un compte dans un autre établissement avant d’en prendre le contrôle. Les appels via WhatsApp et les numéros mobiles ordinaires font également partie des méthodes observées.

Une banque ne demande jamais à son client de déplacer son argent vers un autre compte pour le « protéger », ni de valider une opération destinée à annuler une fraude.

Les banques disposent de nouveaux outils de contrôle

Depuis le 9 octobre 2025, les prestataires de paiement de la zone euro doivent proposer gratuitement la vérification du bénéficiaire. Ce mécanisme compare l’IBAN renseigné avec le nom ou l’identifiant du destinataire avant l’exécution du virement. Une incohérence constitue donc un signal d’alerte majeur.

La France a ajouté un autre dispositif le 7 mai 2026 avec le fichier national des comptes signalés pour risque de fraude. Alimenté par les banques et autres prestataires de paiement, il permet de partager les IBAN associés à des comptes suspects afin d’améliorer leur détection.

Ces garde-fous ne suppriment toutefois pas le risque. Un fraudeur peut toujours persuader une victime d’ignorer une alerte ou d’effectuer elle-même plusieurs opérations.

En cas de virement frauduleux, la rapidité reste déterminante : il faut immédiatement prévenir sa banque pour tenter de bloquer ou rappeler les fonds, sécuriser les comptes ou messageries compromis et déposer plainte. La meilleure défense reste néanmoins de casser le scénario d’urgence imposé par l’escroc avant de valider le moindre paiement.

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